Cas concrets15 mars 2026 · 8 min

Les 5 plus grosses amendes CNIL depuis le RGPD — et ce qu'il faut en retenir

Google, Amazon, Criteo, Clearview... Les sanctions CNIL qui ont marqué l'application du RGPD en France. Leçons concrètes pour les PME.

Depuis le 25 mai 2018, date d'entrée en application du Règlement Général sur la Protection des Données (RGPD), la Commission Nationale de l'Informatique et des Libertés a prononcé plusieurs centaines de sanctions. Certaines ont marqué l'histoire de la régulation du numérique en Europe — autant par leur montant que par les principes qu'elles ont posés.

Ces décisions ne concernent pas uniquement les géants du web. Elles posent des règles qui s'imposent à toute organisation traitant des données personnelles, y compris les PME et ETI. En voici cinq à connaître, avec à chaque fois ce qu'il faut en retenir concrètement pour son activité.

1. Google — 50 millions d'euros (janvier 2019)

Cas concret

Google LLC

50 000 000 €
Janvier 2019
Motif : Manque de transparence, information inadéquate et absence de consentement valable pour la personnalisation de la publicité.
À retenir : Le consentement doit être spécifique, éclairé et univoque. Une case pré-cochée ou un consentement global "tout ou rien" ne tient pas.
Référence : CNIL — Délibération de formation restreinte n° SAN-2019-001

Cette décision a marqué les esprits car il s'agissait de la première grande sanction RGPD en France. La CNIL a notamment reproché à Google une information éclatée sur plusieurs documents obligeant l'utilisateur à effectuer de nombreux clics pour comprendre ce à quoi il consentait.

À retenir pour votre entreprise

Si vous utilisez un outil de consentement cookies ou de marketing automation, vérifiez que les informations essentielles (finalités, durée, destinataires) sont accessibles en un seul niveau et que chaque finalité peut être acceptée ou refusée indépendamment.

2. Google + Amazon — 135 millions d'euros cumulés (décembre 2020)

Cas concret

Google Ireland & Amazon Europe Core

100 M€ + 35 M€
Décembre 2020
Motif : Dépôt de cookies publicitaires sur google.fr et amazon.fr sans recueil préalable du consentement et avec une information insuffisante.
À retenir : Les cookies non essentiels exigent un consentement actif avant dépôt. La seule navigation sur un site ne vaut pas consentement.
Référence : CNIL — Délibérations n° SAN-2020-012 et SAN-2020-013

Cette double sanction a posé une règle devenue standard : pour tous les cookies non strictement nécessaires (publicitaires, analytiques, personnalisation), le consentement doit être obtenu avant dépôt, via une action positive de l'utilisateur. Refuser doit être aussi simple qu'accepter.

Application immédiate

Si votre site web dépose des cookies Google Analytics, Facebook Pixel, ou tout autre tracker marketing, vérifiez que votre bannière cookies propose un bouton "Tout refuser" aussi visible que le bouton "Tout accepter". La CNIL contrôle régulièrement ce point.

3. Clearview AI — 20 millions d'euros (octobre 2022)

Cas concret

Clearview AI Inc.

20 000 000 €
Octobre 2022
Motif : Collecte et traitement illégaux de données biométriques à partir de photos accessibles publiquement sur internet, sans base légale.
À retenir : Le RGPD s'applique même aux acteurs hors UE s'ils traitent des données de résidents européens. L'argument "c'est public" ne rend pas le traitement légal.
Référence : CNIL — Délibération n° SAN-2022-019

La CNIL a sanctionné Clearview, société américaine de reconnaissance faciale, pour avoir aspiré des milliards de photos sur internet afin de constituer une base biométrique. L'entreprise n'avait aucune relation contractuelle avec les personnes concernées et a refusé de répondre aux demandes d'exercice des droits.

🚨Portée extraterritoriale

Si votre fournisseur (CRM, outil marketing, analytics) est établi hors UE mais traite des données de vos salariés ou clients français, le RGPD s'applique. Vérifiez systématiquement les clauses contractuelles et les garanties de transfert.

4. Criteo — 40 millions d'euros (juin 2023)

Cas concret

Criteo SA

40 000 000 €
Juin 2023
Motif : Défaut de preuve du consentement pour le traitement de données à des fins de ciblage publicitaire, manquements à l'obligation d'information et aux droits des personnes.
À retenir : Pour prouver le consentement, il faut le prouver — littéralement. Conservez l'horodatage, la finalité, la version de la politique affichée.
Référence : CNIL — Délibération n° SAN-2023-009

Criteo, acteur français du retargeting publicitaire, ne pouvait pas démontrer de manière probante que les personnes concernées avaient consenti à l'utilisation de leurs données. La CNIL a également relevé des défaillances dans l'information des personnes et dans la mise en œuvre du droit d'accès.

Le consentement se documente

Mettez en place un registre de preuve des consentements : date, heure, finalité exacte, version du formulaire utilisée, et moyen de révocation. Sans cette traçabilité, votre consentement n'existe pas juridiquement.

5. Dedalus Biologie — 1,5 million d'euros (avril 2022)

Cas concret

Dedalus Biologie SAS

1 500 000 €
Avril 2022
Motif : Violation massive de données de santé (environ 500 000 personnes) résultant d'un défaut de mesures de sécurité et de chiffrement lors d'une migration de données.
À retenir : Les fuites de données personnelles engagent la responsabilité du sous-traitant lui-même, pas seulement celle du responsable de traitement.
Référence : CNIL — Délibération n° SAN-2022-009

Ce dossier est emblématique à deux titres : c'est l'une des plus grosses sanctions prononcées contre un sous-traitant (au sens RGPD), et elle rappelle que la sécurité technique n'est pas une option. Des dossiers médicaux ont été exposés sur un serveur accessible publiquement pendant une migration mal sécurisée.

Pour les PME qui sous-traitent

Votre responsabilité en tant que client ne s'arrête pas au contrat. Vous devez vérifier que vos sous-traitants appliquent des mesures de sécurité proportionnées. Le RGPD parle de "garanties suffisantes" — Article 28.

Ce que ces sanctions nous apprennent en pratique

Au-delà des montants, ces décisions dessinent quelques principes opérationnels applicables à toute PME :

  1. Le consentement doit être actif, spécifique et documenté. Pas de case pré-cochée, pas de "qui ne dit mot consent", et surtout pas de consentement impossible à prouver a posteriori.
  2. La sécurité technique est une obligation, pas un "bon à avoir". Article 32 RGPD : mesures proportionnées au risque.
  3. Les sous-traitants sont co-responsables. Auditez vos fournisseurs, exigez des clauses contractuelles conformes, et gardez une trace.
  4. La notification d'une violation est obligatoire dans les 72h. Ne pas notifier quand on aurait dû est une circonstance aggravante.
  5. La CNIL s'intéresse de plus en plus aux PME — la mode n'est plus aux seules sanctions spectaculaires contre les géants du web.
KryptaScope et la conformité RGPD

KryptaScope automatise la détection des fuites de données concernant vos salariés, tient votre registre des violations (Art. 33.5 RGPD) et pré-remplit vos notifications CNIL. En cas de violation détectée, vous avez les preuves de traitement dès le premier jour.

Sources & vérifications
  • CNIL — Délibération SAN-2019-001 (Google)À rechercher sur www.cnil.fr/fr/les-decisions-en-matiere-de-sanctions
  • CNIL — Délibérations SAN-2020-012 et SAN-2020-013 (Google, Amazon)Idem
  • CNIL — Délibération SAN-2022-019 (Clearview AI)Idem
  • CNIL — Délibération SAN-2023-009 (Criteo)Idem
  • CNIL — Délibération SAN-2022-009 (Dedalus Biologie)Idem
  • RGPD — Règlement (UE) 2016/679Texte consolidé sur eur-lex.europa.eu

Les faits juridiques mentionnés dans cet article sont publics et vérifiables auprès de la CNIL et de Légifrance. Les détails précis (montants, dates, numéros de délibération) peuvent évoluer en fonction des recours et décisions ultérieures.

PRÊT À AUTOMATISER VOTRE DOSSIER RGPD ?

KryptaScope détecte les fuites, tient votre registre RGPD et pré-remplit vos notifications CNIL.

Scanner mon domaine gratuitement →