Depuis le 25 mai 2018, date d'entrée en application du Règlement Général sur la Protection des Données (RGPD), la Commission Nationale de l'Informatique et des Libertés a prononcé plusieurs centaines de sanctions. Certaines ont marqué l'histoire de la régulation du numérique en Europe — autant par leur montant que par les principes qu'elles ont posés.
Ces décisions ne concernent pas uniquement les géants du web. Elles posent des règles qui s'imposent à toute organisation traitant des données personnelles, y compris les PME et ETI. En voici cinq à connaître, avec à chaque fois ce qu'il faut en retenir concrètement pour son activité.
1. Google — 50 millions d'euros (janvier 2019)
Google LLC
Cette décision a marqué les esprits car il s'agissait de la première grande sanction RGPD en France. La CNIL a notamment reproché à Google une information éclatée sur plusieurs documents obligeant l'utilisateur à effectuer de nombreux clics pour comprendre ce à quoi il consentait.
Si vous utilisez un outil de consentement cookies ou de marketing automation, vérifiez que les informations essentielles (finalités, durée, destinataires) sont accessibles en un seul niveau et que chaque finalité peut être acceptée ou refusée indépendamment.
2. Google + Amazon — 135 millions d'euros cumulés (décembre 2020)
Google Ireland & Amazon Europe Core
Cette double sanction a posé une règle devenue standard : pour tous les cookies non strictement nécessaires (publicitaires, analytiques, personnalisation), le consentement doit être obtenu avant dépôt, via une action positive de l'utilisateur. Refuser doit être aussi simple qu'accepter.
Si votre site web dépose des cookies Google Analytics, Facebook Pixel, ou tout autre tracker marketing, vérifiez que votre bannière cookies propose un bouton "Tout refuser" aussi visible que le bouton "Tout accepter". La CNIL contrôle régulièrement ce point.
3. Clearview AI — 20 millions d'euros (octobre 2022)
Clearview AI Inc.
La CNIL a sanctionné Clearview, société américaine de reconnaissance faciale, pour avoir aspiré des milliards de photos sur internet afin de constituer une base biométrique. L'entreprise n'avait aucune relation contractuelle avec les personnes concernées et a refusé de répondre aux demandes d'exercice des droits.
Si votre fournisseur (CRM, outil marketing, analytics) est établi hors UE mais traite des données de vos salariés ou clients français, le RGPD s'applique. Vérifiez systématiquement les clauses contractuelles et les garanties de transfert.
4. Criteo — 40 millions d'euros (juin 2023)
Criteo SA
Criteo, acteur français du retargeting publicitaire, ne pouvait pas démontrer de manière probante que les personnes concernées avaient consenti à l'utilisation de leurs données. La CNIL a également relevé des défaillances dans l'information des personnes et dans la mise en œuvre du droit d'accès.
Mettez en place un registre de preuve des consentements : date, heure, finalité exacte, version du formulaire utilisée, et moyen de révocation. Sans cette traçabilité, votre consentement n'existe pas juridiquement.
5. Dedalus Biologie — 1,5 million d'euros (avril 2022)
Dedalus Biologie SAS
Ce dossier est emblématique à deux titres : c'est l'une des plus grosses sanctions prononcées contre un sous-traitant (au sens RGPD), et elle rappelle que la sécurité technique n'est pas une option. Des dossiers médicaux ont été exposés sur un serveur accessible publiquement pendant une migration mal sécurisée.
Votre responsabilité en tant que client ne s'arrête pas au contrat. Vous devez vérifier que vos sous-traitants appliquent des mesures de sécurité proportionnées. Le RGPD parle de "garanties suffisantes" — Article 28.
Ce que ces sanctions nous apprennent en pratique
Au-delà des montants, ces décisions dessinent quelques principes opérationnels applicables à toute PME :
- Le consentement doit être actif, spécifique et documenté. Pas de case pré-cochée, pas de "qui ne dit mot consent", et surtout pas de consentement impossible à prouver a posteriori.
- La sécurité technique est une obligation, pas un "bon à avoir". Article 32 RGPD : mesures proportionnées au risque.
- Les sous-traitants sont co-responsables. Auditez vos fournisseurs, exigez des clauses contractuelles conformes, et gardez une trace.
- La notification d'une violation est obligatoire dans les 72h. Ne pas notifier quand on aurait dû est une circonstance aggravante.
- La CNIL s'intéresse de plus en plus aux PME — la mode n'est plus aux seules sanctions spectaculaires contre les géants du web.
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- ▸CNIL — Délibération SAN-2019-001 (Google) — À rechercher sur www.cnil.fr/fr/les-decisions-en-matiere-de-sanctions
- ▸CNIL — Délibérations SAN-2020-012 et SAN-2020-013 (Google, Amazon) — Idem
- ▸CNIL — Délibération SAN-2022-019 (Clearview AI) — Idem
- ▸CNIL — Délibération SAN-2023-009 (Criteo) — Idem
- ▸CNIL — Délibération SAN-2022-009 (Dedalus Biologie) — Idem
- ▸RGPD — Règlement (UE) 2016/679 — Texte consolidé sur eur-lex.europa.eu
Les faits juridiques mentionnés dans cet article sont publics et vérifiables auprès de la CNIL et de Légifrance. Les détails précis (montants, dates, numéros de délibération) peuvent évoluer en fonction des recours et décisions ultérieures.
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